Je possède plusieurs fours, dont un four en argile que j’ai construit avec mon ami Normand au chalet

Comment transformer une passion en modèle d’affaires viable

La réponse à cette question n’est pas simple. Selon moi, oui, il est possible de bâtir une entreprise à partir d’une passion. Mais avant de faire le saut, il faut comprendre les implications concrètes d’une telle décision.

Passion et entrepreneuriat : une relation plus complexe qu’on le pense

Prenons un exemple très personnel : ma passion pour la pizza.

J’adore la pizza. Vraiment. J’en mangerais tous les jours. Je possède plusieurs fours, dont un four en argile que j’ai construit avec mon ami Normand au chalet. Je teste différentes pâtes, je lis sur les farines, j’expérimente les fermentations, je pose des questions à mes amis pizzaïolos. Bref, je suis complètement passionné (obsédé ?) par le sujet.

Mais est-ce que j’en ferais un modèle d’affaires ?

Après de longues réflexions, et à plusieurs reprises, ma réponse est toujours NON !

Pourquoi ? Parce qu’entre aimer faire des pizzas et gérer une pizzeria, il y a un monde de différence.
Je me vois déjà remplacer un employé malade, préparer 200 pizzas en soirée, passer des commandes de pepperoni ou de fromage, réparer une toilette brisée… Exploiter un commerce au quotidien, ce n’est pas seulement vivre sa passion : c’est gérer des opérations, des imprévus, des ressources humaines, sans compter la pression financière constante qu’implique une entreprise.

Très vite, ce qui me procure aujourd’hui du plaisir pourrait devenir une contrainte. Et ma passion risquerait de se transformer en corvée.

Quand la passion doit rester « pure »

Autre exemple plus sérieux : le coaching de haut niveau.

J’ai eu le privilège d’accompagner deux athlètes au sein de l’équipe canadienne de triathlon olympique (2012 et 2020). Ces projets n’étaient pas une source de revenus. Au contraire, ils représentaient souvent une dépense.

Alors pourquoi avoir continué ?

Parce que je voulais garder cette implication aussi « pure » que possible. Profiter pleinement de ma passion pour le coaching, sans pression financière ni contraintes organisationnelles. C’est ce qui m’a non seulement permis de réussir, mais surtout de ressentir la liberté et le plaisir que je recherchais dans cette aventure.

Avec le recul, je réalise à quel point il existait un fossé entre mes contrats au sein d’un club sportif et ces deux projets personnels. Le plus grand avantage ? La liberté. La liberté de décider, d’innover, de travailler selon ma vision, sans les contraintes inhérentes à un poste salarié.

Et c’est peut-être ça, au fond, la véritable définition d’une passion : un espace de liberté.

Peut-on quand même transformer sa passion en entreprise ?

Why not, après tout ? Plusieurs y arrivent avec succès et je leur lève mon chapeau.

C’est souvent plus simple à un jeune âge, lorsque les responsabilités financières et familiales sont moins lourdes (et les risques plus faciles à absorber).

À titre d’exemple, voici quelques scénarios possibles :

1. Un passe-temps qui devient une entreprise

Un jeune collectionneur qui revend ses trouvailles en ligne ou lors d’expositions peut rapidement structurer cette activité. Cela peut devenir lucratif, mais exige du temps : recherche, transactions, promotion, logistique, service client.

2. Un projet scolaire qui prend vie

Certains projets d’affaires naissent dans un cours d’entrepreneuriat et se poursuivent après la fin du programme, parce qu’il existe une réelle demande pour le produit ou le service. C’est aussi une belle occasion de collaborer avec ses amis sur un projet concret.

3. Le « side hustle »

Une activité exercée à temps partiel comme faire des ongles et créer du contenu sur les médias sociaux, peut commencer modestement pour arrondir les fins de mois (ou simplement par pur plaisir) et évoluer vers une petite entreprise lorsque la demande augmente (clients).

Dans certains cas, ce n’est pas une passion au départ, mais elle peut le devenir en cours de route. La vraie question demeure toutefois : la passion survivra-t-elle lorsque cette activité devra être opérée comme un véritable commerce ?

La réflexion d’un entrepreneur

Après plusieurs années en affaires, une chose est claire pour moi : j’adore être en affaires. Mais ce n’est pas une passion.

J’ai développé des compétences entrepreneuriales qui me permettent d’être plus agile lorsque vient le temps de lancer un nouveau projet. J’aime bâtir, structurer, tester, optimiser. Mais je le répète : ce n’est pas une passion, c’est un métier.

Cela dit, je me considère extrêmement privilégié de pouvoir exercer un travail aussi stimulant. C’est un terrain de jeu unique pour un créatif comme moi. Et c’est un véritable privilège de partager cette aventure entrepreneuriale avec mon meilleur ami d’enfance, Enrico, depuis plus de 20 ans.

En résumé, la passion peut devenir un modèle d’affaires, mais elle mérite parfois de rester exactement ce qu’elle est : une passion.

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